[Point de vue de Josiane Cossette] L’affaire Guillaume Lemay-Thivierge, ou quand l’ego d’un comédien fait taire les femmes

Rédactrice et citoyenne engagée, l’autrice a taught la littérature au collégial, est presidente du conseil d’établissement d’une école primaire et membre du comité de rédaction de Lettres québécoises. Elle a codirigé et coécrit l’essai collectif Traitements chocs et tartelettes. Bilan critique de la management de la COVID-19 au Québec (Somme toute).

La scène est surréaliste : en plein gala des prix Gémeaux, un homme fait irruption sur scène pour interrompre l’animatrice au moment où celle-ci allait présenter un segment. Piloté par deux femmes, celui-ci devait mettre en avant des documentaires québécois ayant un impact sur la société québécoise.

L’homme exuberant : Guillaume Lemay-Thivierge, comedian, ex-spokesperson of Hyundai and indefatigable dynamo, qui a cru que le moment était bien choisi pour revenir à la vie publique sans parachute après ses frasques antivaccines. Les femmes effacées : Ingrid Falaise, actress and director of the documentary series Femme, je te tueand Léa Clermont-Dion, notamente doctere en sciences politiques et coréalisatrice de Je vous salue salope. La misogynie au temps du numérique. Voler le temps de parole à des femmes, dont l’une vient de lancer un film qui a nécessité six ans de travail et qui porte sur la violence misogyne qui cherche ultimatement à enlever la parole aux femmes… Isn’t it ironic, don’t you think?chanteuse Alanis Morissette.

Si, au moins, le contenu avait été plus édifiant, mais non ; vide abyssal et platitudes dégoulinantes de malaise visant principalamente à redorer l’image de l’ancien chouchou des chaînes câblées. Or, inciter la population à aller voter en monopolisant l’attention par un geste narcissique (les psychologues du dimanche en ont conclu ainsi) n’a dupé personne. Il faut avoir l’ego gros comme la lune pour penser qu’un coup d’éclat si mal venu ne lui vaudra pas un très mérite backlash — tiens, c’est justement le titre anglais du film de Clermont-Dion.

Tout pour faire taire

Co-produced with Guylaine Maroist, Je vous salue salope est une charge, un concentré de violence. Toute femme ayant une vie vaguement publique en témoignera, toute femme d’idées aussi : la misogynie se trouve partout dans l’espace numérique. Parfois insidieuse, sous forme de commentaires qui remettent en question les diplômes, la crédibilité, le droit d’occuper l’espace dans ce quotidien x ou ce magazine y ; parfois frontale, sous forme de « ta gueule, connasse » et de « tu n’as pas compris que personne ne voulait de toi en politique? » parfois carrément violente, menaçante, sexuelle : « ta bouche serait plus utile à sucer », « je sais où t’habites, salope », « meurs, chienne ».

Si la cyberviolence à l’endroit des femmes être diverse formes, elle vise toujours le même objectif: les faire taire. Et trop souvent, ça marche. À force de fear ou de fatigue, des femmes brillantes se retire et la société se trouve privée de leur apport. Au Québec, Marilyse Hamelin s’est souvent ouverte sur son burn-out militant, qui a contributo à lui faire quitter son poste de chroniqueuse. Judith Lussier, elle, a pris une longue pause avant de revenir au journal Métro. Tout près de nous, des femmes qui écrivent dans ces pages persistent alors qu’elles font frequenmente face à des commentaires cinglants qui metten en doute la legitimacy de leur parole.

“En matière d’aggressivité, ce que les femmes vont se prendre sur la gueule, ça n’a rien à voir avec ce que les hommes vont se prendre”, confiait au Devoir Marilyse Hamelin, appelé à commenter une étude québécoise sur l’hostilité en ligne à l’égard des femmes.

Dans Je vous salue salope, Kiah Morris quit his post at the Chamber of Representatives of Vermont. Seule élue noire à y siéger, elle aura subi les insults sur les fronts du sexisme et du racisme jusqu’à ce que les menaces se displacent dans le monde réel, trop réel : des agitateurs s’étant introduits dans son sous-sol. À bout, terrorisée, elle finira par demissionner et déménager. La misogynie a gagné, et pourtant, ce n’est pas encore assez : son principal harceleur vouille son nouveau lieu de résidence.

In Italy, nous apprend le documentaire, severalie publics personnalités ont mené une campaign de salissage à l’endroit de l’endroit de l’ex-presidente de la Chambre italienne des députés, Laura Boldrini. On a même mis une replica de sa tête sur un bâton en souhaitant sa mort ! Dans un emballage moins cru mais assurement mesquin, l’hostilité est aussi encourage par des visages connus ici. Les écrivaines Martine Delvaux et Mélikah Abdelmoumen savent qu’un certain chroniqueur (pas le même) a écrit sur elles quand, à leur réveil, leur boîte virtuelle déborde de messages haineux. Après avoir lâché leurs chiens, les tribunes laissent les invectives de leur meute courir en se réfugiant derrière le droit à la liberté d’expression.

Du côté de la politique, ce n’est pas rose non plus : cette année, 22 élues québécoises ont fait leurs adieux au Salon bleu. “Les hommes restent, les femmes partent”, he wrote Les Affaires. Bien que les propos sexistes aient été décriés par le passé (reppelons-nous le mot de Jean Charest lanc à Elsie Lefebvre en 2005), le “mère Teresa” recently asséné à Christine Labrie par François Legault est une honteuse prouve que des insults misogynes sifflent encore entre les lips.

Notre place est fragile, notre fatigue est manifeste. Notre tolérance a atteint ses limites. Les femmes ont bataillé trop fort pour que leur temps de parole leur soit subtilisé par un comédien en manque d’adulation. Espérons qu’il visionnera chacun des documentaires qu’il a empêché de célébrer. Eux, au moins, ont le mérite de nous éclairer.

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