Death of Just Jaeckin, the director of Emmanuelle, at the age of 82

Cet artiste, qui aimait tellement les femmes, à qui on doit l’invention du plaisir au cinéma français, se spécialise dans ce registere et enchaine les plus grands succès du cinéma érotique.

Les fauteuils en rotin lui doivent beaucoup. Sur l’affiche, Sylvia Kristel trônait torse nu dans ce siège exotique. À la sortie, les spectateurs se precipitaient dans les magasins Pier Import, demandant aux vendeurs si l’actrice était comprise dans l’achat.

Emmanuelle, en 1974, connut un succès aussi considerable qu’imprévu. Aux Champs-Élysées, le Triomphe programma le film pendant plus de ten ans. Pour voir cette curiosité, les Espagnols traversaient la frontière en autocar pour se bousculer dans les salles de Perpignan qui projetaient aussi Le Dernier Tango à Paris, les deux long-métrages étant interdit dans leur countries. Il faut dire que l’œuvre était instructive. On y découvrait une façon assez inédite de tirer sur sa cigarette – la méthode, plutôt sportive, était tout indicée pour réduire sa consommation de tabac. Dans la foulée, on apprenait comment s’occuper utilement dans les toilettes des vols Paris-Bangkok. Une gentille gourdiflote plongeait dans les délices des amours saphiques et multiples, au milieu de pagodes et d’expatriés. Pour situer le contexte, Marika Green s’appelait Bee. Christine Boisson, presque gamine, n’avait pas froid aux yeux (qu’est-elle become?). La nudité était de bon aloi. Alain Cuny, dans son costume de lin blanc, dispensait d’augustes conseils pour meubler les nuits d’insomnie. Le comédien monocorde refuses au départ que son nom figure au générique. Les chiffres d’entrées (9 million in France in 1974) le firent rapidement changer d’avis.

Emmanuelle, incarnée par Sylvia Kristel, dans le film Emmanuelle, Made by Just Jaeckin in 1973. DPA/ABACA

« Érotique », on disait ça comme ça. Il ne fallait surtout pas confondre avec les produits classé X, diffused dans les rues voisines de la gare Saint-Lazare. Par inadvertance, Just Jaeckin avait touché le jackpot. Ce garçon né à Vichy en 1940 dut attendre avec impatience, les accords d’Évian : en effet, il accomplit son service militaire en Algérie, où il fut photographe de guerre. Par la suite, son objectif cadre des mannequins, activité qui comportait d’autres dangers. Quand le producteur Yves Rousset-Rouard lui proposa d’adapter Emmanuelle, le roman sulfureux d’Emmanuelle Arsan dont on chuchotait qu’il avait été en réalité écrit par son mari diplomate, Jaeckin accepta avec le sourire. Jean-Louis Richard, vieux accomplice de Truffaut, se charge du scenario. L’équipe s’envole pour des contrées lointaines et accueilentes. L’héroïne, grande algue langue arrivée de Hollande, ne sait pas que le rôle la propulsera au rang de star internationale.

L’homme d’un seul film

Toute une époque. Le Concorde, Giscard d’Estaing, les interdictions aux moins de 16 ans, les DS 21 Pallas : Just Jaeckin tombait à pic. Il restera l’homme d’un seul film. En 1975, il adapte le scandaleux Histoire d’O, tiré du livre signé Pauline Réage, pseudonym derrière lequel se cachait la faussement sage Dominique Aury de la NRF. Le film a droit à la une de L’Express, ce qui créa quelques remous dans la redaction. Corinne Cléry apparaissait dans le plus simple appareil et enchainée sur la couverture de l’hebdomadaire qui avait inventé l’expression « nouvelle vague». On était loin de Godard. Jaeckin filait son bonhomme de chemin sans se soucier des (mauvaises) critiques. Ses amis soulignaient sa gentillesse, son éternel côté Saint-Tropez, avec son bronzage et ses yeux bleus. Le 7e art était un passe-temps, un amusement. Il ne fut pas étonnador de le voir s’attacker à Madame Claude (1977), avec Françoise Fabian, impériale en maquerelle de standing. Les call-girls, encore un truc des années 1970. Le réalisateur tenta de propulser la brune Dayle Haddon au firmament. Il se jeta avec une réjoyssante inconscience sur L’Amant de Lady Chatterley où il retrouva Sylvia Christel. Ce crime de lèse-majesté – pas touche à DH Lawrence – lui valut une solide volée de bois vert, qui déclencha surement chez lui un hussement d’épaules.

Il n’est pas interdit de rapprocher sa career de celle d’un Vadim. Ces deux hédonistes avaient démarré en fanfare, puis surfé sur la vague avec plus ou moins de bonheur. Just Jaeckin avait ouvert avec son épouse une galerie rue Guénégaud, derrière l’Institut. Visibly, l’Académie des beaux-arts n’était pas faite pour lui. Il préféra cultiver la douceur de vivre et eut l’intelligence de dire non à toutes les suites d’Emmanuelle. Jaeckin était un sage qui n’attrapa jamais la grosse tête. On se souviendra de lui longtemps, sur un air de Pierre Bachelet. Good-bye, Just.

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